Une Peau Parfaite

Un visage lisse, figé, sans ride ni expression . Sans grain de beauté, ni cicatrice. Aucun témoignage du temps qui passe. Pas de bouton, de point noir, de pore dilaté,encore moins de rougeur. C’est ça la peau parfaite. Elle est partout d’Instagram à mon magazine de mode, en passant par un énorme panneau publicitaire à l’arrêt de bus, impossible de la louper.Elle est photoshopé jusqu’à la dernière couche de l’épiderme.

Je ne me classe pas dans la catégorie des peaux à problèmes. De ce côté là, les gènes parentales ont plutôt bien fait leurs jobs et m’ont donné une peau quasi « parfaite ». Pas d’acné, à peine sèche, pas du tout grasse. J’avoue qu’au moment où j’écris ces lignes, je touche du bois pour que mon cycle hormonal n’en décide pas autrement. Mais malgré ce cadeau de la nature, je ne peux m’empêcher de penser que mon épiderme est plein de défauts et que mes rougeurs hivernales sont une CATASTROPHE .

Pour palier à ce mal être je me peins donc consciencieusement le visage tous les matins. A coup de base lissante et de fond de teint #iwokeuplikethis #flawless . Et j’ai pris conscience du ridicule de la chose en allant justement m’acheter le précieux produit. Quand la vendeuse m’a fait remarquer que je n’en avais pas besoin parce que « le fond de teint c’est plutôt pour les gens qui ont des vrais problèmes de peau et des vrais imperfections » . Je me suis retrouvée un peu conne . C’est vrai,pourquoi diantre j’étouffe ma peau alors qu’elle n’en a pas besoin. La réponse est simple, parce que je suis habituée à croiser tous les jours des images de peaux lisses sans aucune imperfection ni rougeur . Alors je cherche à tout prix à cacher mes pores parce qu’il semblerait qu’il soit devenu  indécent de les montrer. Je me suis auto éduquée à penser que la peau parfaite devait ressembler à une matière lisse et sans défaut. Consciente de cela je suis quand même repartie avec ce que j’étais venue chercher, soulagée de ne pas avoir à exhiber mes défauts épidermiques un instant de plus.

Si ces visages ultra lisses m’ont traumatisé je n’ose imaginer l’impacte sur ceux qui ont de réelles problèmes de peau. Double sentence il me semble, en plus de la douleur physique liée aux problèmes dermatologiques, ajoute la douleur psychologique de te sentir hors de « la norme  » si stricte et inatteignable . Et inutile de chercher du réconfort auprès de la presse féminine, rien de déculpabilisant bien au contraire. Insidieusement et sous couvert de bon conseil , à coup de « commandements » et d’utilisation du verbe « devoir » à la pelle on te fait comprendre les bonnes pratiques à adopter. Penses gommage, masque, hydratation  . Une fois ta peau bien dénaturée, asséchée, agressée, débarrassée de la moindre peau morte , on t’emballe le tout d’un petit conseil supposé rassurant du type : » faites confiance à votre peau « . Est-ce qu’on serait en train de t’avouer que finalement on ne peut pas lutter contre la nature? Que c’est normal si parfois à cause de tes hormones tu as un ou deux boutons qui apparaissent avant tes règles ou ta peau qui devient un peu plus grasse. Est-ce qu’on est en train de t’avouer que tout ce qu’on vient de te dire est une énorme supercherie, un simple coup marketing? Un moyen de te faire complexer pour te vendre mille et un produits tout en sachant que ça ne servira strictement à rien puisque de tout façon l’objectif est impossible à atteindre? Je n’ose y croire!!! Blague à part, même consciente de tout cela je n’arrive pas à décomplexer totalement face à ces photos déshumanisées à grand renfort de floutage et de lumières banches devenues pseudo réalité.

J’en ai presque oublié que moi je l’aimais bien ma peau imparfaite, avec ses petites cicatrices. Par exemple celle sur mon front en haut à gauche c’est un souvenir de la varicelle. Et une autre au menton témoigne d’une chute à vélo sur le bitume dont je ne me souviens pas mais qu’on m’a raconté. Et mon grain de beauté à côté de l’oreille me rappelle ma sœur qui a pratiquement le même,au même endroit. Et mes tâches de rousseurs sur le nez c’est le souvenir d’un compliment que m’a fait un garçon un jour. J’ai donc du mal à m’expliquer ce paradoxe, qui fait que je n’ai pas vraiment honte de ma peau imparfaite mais qui m’oblige quand même à lui enlever tout défaut. En fait ma peau parfaite et maquillée est juste le témoin d’une aliénation physique de plus dont je n’arrive pas à me débarrasser.

 

giphy

 

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